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Angola : panorama des droits humains

Janvier 2004

Alors qu’en Angola, la transition vers la paix après presque trente ans de guerre civile a été caractérisée par des améliorations substantielles sur la plupart du territoire, de graves abus contre les droits humains continuent d’être perpétrés. Parmi les questions les plus urgentes en Angola, on peut citer celle du retour et de la réinstallation des personnes déplacées par la guerre ; les violations de la liberté d’expression et d’association ; le non-respect des procédures légales normales pour les personnes soupçonnées de crimes et les mauvaises conditions de détention dans les prisons ; les expulsions forcées ; les réponses insuffisantes à la discrimination pour cause de VIH/SIDA ou de SIDA et un niveau élevé de corruption.

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A Cabinda, cette enclave riche en pétrole, les hostilités se poursuivent. Les Accords de paix de Luena et les Protocoles de Lusaka, tous les deux signés par les Forces armées angolaises et l’UNITA, le principal groupe rebelle, ne concernent pas Cabinda, une zone qui n’a jamais été sous le contrôle de l’UNITA. En conséquence de quoi, le conflit se poursuit entre les forces du gouvernement et d’autres groupes séparatistes, avec une implication et un suivi réduits des Nations Unies pour éviter les abus commis contre le droit de la guerre qui ont caractérisé le conflit dans tout l’Angola.  
 
Retour et réinstallation  
Alors que la vaste majorité des millions de personnes déplacées par la guerre était déjà rentrée chez elles ou s’était réinstallée dans d’autres lieux, à la fin 2003 – souvent sans aucune assistance formelle – ces personnes étaient encore confrontées à de graves difficultés. Des centaines sont mortes ou ont été mutilées par des milliers de mines anti-personnel éparpillées dans tout le pays. Des centaines de milliers d’Angolais situés dans des zones d’accès difficile ont de toute urgence besoin d’une aide alimentaire. Parmi ceux-ci, des groupes vulnérables comme les femmes et les enfants portent souvent un fardeau encore plus lourd. Dans certains cas, les autorités du gouvernement angolais ont forcé des gens à rentrer chez eux ou à quitter des camps de réfugiés, en violation des normes internationales intégrées dans le droit angolais.  
 
Liberté d’expression et d’association  
En dépit de la fin de la guerre, le gouvernement a continué de harceler les journalistes, les groupes de défense des droits humains et d’autres organisations non-gouvernementales. Les journalistes qui critiquent le gouvernement sont confrontés à une série d’abus, dont des abus physiques, des menaces, des procès et des campagnes de diffamation ainsi qu’à un accès limité à une information officielle, notamment pour ce qui concerne les dépenses publiques ainsi que d’autres politiques publiques. Les médias appartenant à l’état dont un quotidien ainsi que la radio nationale et des chaînes de télévision, écartent régulièrement toute voix critique de leurs publications. Les autorités gouvernementales confisquent souvent des publications indépendantes et la compagnie aérienne d’état refuse de transporter les publications des médias privés dans les provinces du pays. La police angolaise continue de réprimer violemment les manifestations. Des contraintes administratives et bureaucratiques excessivement lourdes, comme l’imposition et la mise en œuvre arbitraire d’exigences coûteuses pour se faire enregistrer, mettent à mal le travail des associations de la société civile, notamment les syndicats de journalistes et de professeurs d’université.  
 
Transparence gouvernementale  
L’Angola dispose de ressources naturelles substantielles (pétrole et diamants, en particulier) dont l’exploitation pourrait promouvoir un développement significatif et un respect accru des droits économiques, sociaux et culturels. Cependant, pratiquement aucune supervision des contrats passés par le gouvernement avec les entreprises pétrolières multinationales n’a été réalisée et les niveaux de corruption sont élevés. Des campagnes de transparence dirigées vers les multinationales (« Publiez ce que vous payez ») et vers les officiels de l’état sont devenues une question primordiale pour la société civile angolaise. Ce manque de transparence est lié à d’autres abus, comme les attaques contre les journalistes qui ont enquêté sur la corruption.  
 
Les sommes impliquées atteignent des montants stupéfiants. De 1997 à 2002, USD 4,22 milliards n’ont pu être localisés. Pendant cette même période, l’ensemble des dépenses sociales du pays – y compris les dépenses du gouvernement angolais ainsi que les initiatives publiques et privées financées par le biais de l’Appel consolidé inter-agences des Nations Unies – s’est monté à USD 4,27 milliards. De fait, le gouvernement angolais n’a pu rendre compte d’une somme à peu près équivalente au montant total dépensé pour les besoins humanitaires, sociaux, sanitaires et éducatifs d’une population en grand besoin.  
 
Non-respect des procédures légales normales pour les personnes soupçonnées de crimes et mauvaises conditions de détention dans les prisons  
Arrestations et emprisonnements arbitraires sans respect des procédures légales normales font partie des abus les plus fréquemment commis en Angola. Bien que le droit angolais limite la durée pendant laquelle une personne peut être détenue sans chef d’inculpation, il est fréquent de trouver des détenus dont la durée d’incarcération dépasse ces limites sans qu’il y ait accusation ou des prisonniers qui ont déjà complètement effectué leur peine mais qui sont encore emprisonnés. La nature inefficace et arbitraire du système judiciaire a conduit à une négation routinière des normes légales minimales. De plus, les prisons de Luanda souffrent de surpopulation, d’infrastructures dans un état effroyable, de nourriture, installations sanitaires et assistance médicale bien inférieures à toute norme existante, de corruption, de mauvais traitements et de torture. Il n’existe pas de réels programmes de réinsertion ou d’éducation dans les centres de détention angolais. Les visites des familles, des amis et d’autres personnes, y compris les droits des défenseurs sont limités et arbitraires. Les prisonniers sont parfois tenus au secret ou déplacés d’une prison vers une autre sans notification.  
 
Expulsions arbitraires forcées  
Pendant un certain nombre d’années, le gouvernement angolais a pratiqué des expulsions forcées sur une vaste échelle dans la capitale, Luanda. Ces expulsions ont été pratiquées en violation des normes internationales en matière de droit et sans être justifiées par un quelconque bénéfice public supérieur apparent. A Benfica et Boa Vista, deux des quartiers de Luanda, la police et d’autres officiels ont expulsé des habitants qui résidaient là depuis longtemps. Ils ont été laissés sans abri, leurs biens saisis ou détruits. Dans certains cas, la violence policière pendant les expulsions a entraîné des décès, des blessures ou des fausses couches.  
 
Réponses insuffisantes au VIH/SIDA  
L’estimation officielle d’un taux de prévalence, dans la population adulte, de 5,5 pour cent pour le VIH est basée sur des données limitées et pourrait sous-estimer le problème. La longue guerre civile angolaise a fait courir un risque accru de contamination par le VIH à certaines personnes, entravé les services nationaux d’estimation de l’ampleur de l’épidémie et détruit les services sanitaires nécessaires pour répondre au SIDA. En dépit du développement par le gouvernement d’un plan stratégique national, ses actions ont été minimales. Alors qu’un certain nombre d’ONG et d’organisations de services sur le SIDA sont à l’œuvre dans le pays, leurs capacités et leurs ressources sont assez limitées. Les personnes affectées par le VIH ou le SIDA font fréquemment l’expérience d’une discrimination dans l’accès aux soins de santé.