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Violence sexuelle pendant la crise politico-militaire ivoiriennePrévalence de la violence sexuelle en Côte dIvoireNi les autorités des Forces Nouvelles, ni les autorités gouvernementales ont établi des statistiques officielles fiables sur les agressions sexuelles perpétrées par leurs forces, ou sur les niveaux de violence sexuelle dans les zones sous leur contrôle. Les comptes-rendus et les plaintes enregistrées par la police sont au mieux contradictoires, et au pire inexistants. Malheureusement, les ONG internationales ont également été dans lincapacité de mener des enquêtes sur une base suffisamment large pour déterminer le pourcentage de femmes et de filles ayant subi des violences sexuelles liées au conflit en Côte dIvoire. Ne disposant pas détude fiable au moment de la rédaction de ce rapport, il était impossible de déterminer précisément le pourcentage de femmes et de filles qui avaient subi un ou plusieurs cas de violence sexuelle liée au conflit. Toutefois, sur la base des entretiens avec de nombreuses survivantes et témoins, ainsi quavec multiples ONG ivoiriennes et internationales, Human Rights Watch estime que des centaines sinon des milliers de femmes et de filles ont subi un ou plusieurs cas de violence sexuelle commises par des membres des groupes armés. La cohérence des nombreux témoignages et signalements reçus traduit le caractère massif de la violence sexuelle, en particulier dans louest de la Côte dIvoire. Ce point de vue est corroboré par de nombreux rapports compilés par des organisations humanitaires. Par exemple, un rapport de 2004 dun groupe local de défense des droits humains dans la région des 18 Montagnes (province de louest durement frappée par la crise) a pu établir que de novembre 2002 à juin 2004, 122 cas de viol leur avaient été signalés par des éléments armés. De plus, ce rapport comportait aussi des évaluations selon lesquelles, parmi les femmes interrogées au cours dune enquête de terrain dans une vingtaine de villages sur les abus commis contre la population civile, deux sur cinq femmes interrogées avaient été victimes dabus sexuel.14 Dautres ONG locales ont fait état de chiffres pareillement élevés jusquà la fin de 2004.15 Par exemple, une ONG active à louest de la Côte dIvoire dans les zones contrôlées aussi bien par les Forces Nouvelles que par le gouvernement, a enregistré plus de 2700 personnes qui cherchaient des informations et de laide en 2005 pour des victimes de violences sexuelles, entre autres pour des traumatismes résiduels liés à des violations commises entre 2002 et 2003 par des hommes armés.16 De plus, le Ministère de la Famille, de la femme et des affaires sociales a un programme Genre17 et une Direction de la réglementation et de la protection, responsable de laccueil des victimes de violence et de lorientation des victimes vers les services spécialisés. Au moment de la rédaction de ce rapport, ce comité aurait recueilli des informations sur 473 cas de violence sexuelle. Par ailleurs, au sein du Ministère de la Solidarité et des victimes de guerre, le programme national de prise en charge des personnes déplacées de guerre a constaté quun tiers des cas quil traitait étaient des victimes de violence sexuelle.18 Une étude de 2005 réalisée par une organisation internationale a documenté les violences sexuelles à lencontre des enfants dans louest contrôlé par les Forces Nouvelles et par le gouvernement. Elle sappuie sur une enquête concernant 147 enfants qui ont été associés à un groupe armé. 56 pour cent des cas de violence sexuelle signalés dans cette étude ont eu lieu pendant les combats actifs, mais 35 pour cent se sont produits depuis la fin des hostilités actives. Selon cette étude, un pourcentage élevé de filles ont vécu et vivaient toujours dans la peur dêtre sexuellement agressées. Un pourcentage tout aussi élevé de mères partageait cette préoccupation pour leurs filles. A la question « [quels] sont les problèmes de sécurité que rencontrent les femmes et les enfants dans la communauté ? », les réponses ont révélé que la peur des violences sexuelles était classée avant lextorsion, le travail forcé, les meurtres, les menaces, ou dautres formes de violence physique. « Les hommes armés » (souvent non identifiés) étaient le plus souvent désignés comme les coupables de viol. Létude a constaté que 56 pour cent des cas de violence sexuelle contre les enfants déclarés dans lenquête concernaient des enfants de 13 à 18 ans. Les enfants de 5 à 12 ans auraient été victimes de 41 pour cent des cas déclarés, et les enfants de moins de 5 ans victimes de 3 pour cent des cas déclarés.19 Au moment de la rédaction de ce rapport, il a été impossible de déterminer précisément le nombre ou le pourcentage de femmes et de filles qui ont été enlevées et réduites à lesclavage sexuel, ou de celles qui ont été victimes dabus sexuels après avoir été « recrutées » par des groupes armés. Le nombre de celles qui restent sous le contrôle de leurs « maris » ou qui sont retournées dans leur village dorigine est également incertain. Toutefois, une indication de ce qui est arrivé aux femmes et aux filles capturées par des groupes armés ressort dune étude non publiée qu Human Rights Watch a pu obtenir. 20 Cette étude, réalisée par une ONG qui aidait les enfants associés à un groupe armé, a calculé que 35 pour cent environ des enfants qui se sont démobilisés eux-mêmes (au lieu dattendre un programme officiel de démobilisation) dans louest étaient des filles. Parmi ces filles qui avaient fui les groupes armés ou elles étaient, 30 pour cent ont signalé avoir été violées et 35 pour cent quelles avaient témoigné du viol dautres filles.21 Le rapport de létude a noté que la proportion de mères adolescentes était extrêmement élevée, allant de 28 pour cent à 75 pour cent dans différentes communautés.22 Bien que toutes les filles mères naient pas mentionné ouvertement le viol, il est fort probable que beaucoup dentre elles soient tombées enceintes à la suite de relations sexuelles non consensuelles avec des hommes appartenant aux groupes armés rebelles, milices, ou soldats du gouvernement. Abus sexuels commis par les groupes rebelles ivoiriensLes rebelles en Côte dIvoire ont commis datroces abus sexuels contre les femmes et les filles dans les zones sous leur contrôle, tels que le viol, le viol collectif, les tortures sexuelles, les fausses couches forcées et les incestes forcés. Des femmes et des filles ont subi des violences sexuelles chez elles, à la recherche dun refuge, en brousse, aux barrages, dans leurs fermes, et même dans des lieux de culte. Ces violences sexuelles se sont souvent accompagnées dautres actes de violence tels que des coups, torture, meurtres, mutilations, ou des actes de cannibalisme. Nombre de femmes et de filles ont été enlevées et réduites à lesclavage sexuel dans des camps rebelles, où elles subirent souvent de nombreux viols pendant de longues périodes. La résistance se soldait fréquemment par des punitions effroyables, voire même la mort. Les informations disponibles laissent supposer que les formes les plus flagrantes de violence sexuelle ont été commises pendant la période dhostilités actives et les mois qui sensuivirent : depuis léclatement du conflit armé en septembre 2002 jusquà mi 2003. Durant cette période, les combattants libériens qui se battaient aux côtés des groupes rebelles ivoiriens étaient les auteurs les plus fréquemment impliqués. Par la suite, les quatre années dimpasse politique et militaire ont vu une certaine diminution des niveaux de violence sexuelle mais elle continue néanmoins. Depuis le déclenchement des hostilités, aucune faction rebelle na à aucun moment fait defforts significatifs pour traduire en justice les coupables. Analyse des trois factions rebelles impliquées dans des abus sexuelsAu début des hostilités en 2002, les individus auteurs de ces actes faisaient partie de trois factions rebelles différentes : le Mouvement Patriotique de Côte dIvoire (MPCI), le Mouvement pour la justice et la paix (MJP), et le Mouvement Populaire Ivoirien du Grand Ouest (MPIGO). Le MPCI était surtout composé de groupes ethniques originaires du nord, bien que ses membres tant au niveau de la troupe que des hauts responsables politiques appartenaient à la plupart des groupes ethniques ivoiriens, renforcés par quelques recrues Burkinabés et maliennes, et les « Dozos. »23 Le MPCI formait le groupe rebelle le plus organisé, discipliné et idéologique en Côte dIvoire. En novembre 2002, deux nouveaux groupes rebelles sont apparus : le MJP et le MPIGO. Ils ont ouvert un nouveau front militaire à louest, ou ils se sont rapidement emparés des principales villes, telles que Man, Danané, Toulepleu, et Blolequin. Human Rights Watch a documenté de nombreuses agressions sexuelles qui ont eu lieu pendant les premières offensives militaires importantes du MPJ et du MPIGO, qui commencèrent le 28 novembre 2002. En 2003, ces deux nouveaux groupes formèrent une alliance politico-militaire avec le MPCI et prirent le nom collectif de Forces Nouvelles (ou FN). Bien que le MJP et le MPIGO aient affirmé être ivoiriens, les deux groupes comprenaient des centaines de combattants libériens et, dans une moindre mesure, sierra léonais. Nombre des combattants libériens sétaient battu précédemment avec des groupes armés liés au président libérien dalors, Charles Taylor, et nombre des sierra léonais avaient été membres du groupe rebelle sierra léonais, le Front uni révolutionnaire (Rebel United Front, ou RUF). Des trois groupes rebelles, le MPCI était de loin le plus organisé et discipliné ; il fut aussi impliqué dans moins datrocités que ne létaient les combattants du MPJ ou du MPIGO. Ces deux derniers groupes basés dans louest commirent des abus systématiques et à grande échelle à lencontre de civils dans toutes les zones se trouvant sous leur contrôle. Daprès le Secrétaire national des Forces Nouvelles aux Communications, les atrocités commises par le MPJ et le MPIGO se sont aggravées jusquà devenir un handicap politique pour le MPCI.24 Guillaume Soro, le dirigeant politique des Forces Nouvelles, effectua une visite dans louest de la Côte dIvoire en mars 2003 qui laurait convaincu que les combattants libériens et sierra léonais devaient être expulsés de Côte dIvoire. Après cette visite, Soro aurait réuni les chefs militaires dans la capitale rebelle de Bouaké et leur aurait dit que ce dont il avait été témoin dans louest devait cesser, que les abus à lencontre des victimes civiles entraîneraient des problèmes, que le conflit menaçait dembraser une grande partie de lAfrique de lOuest, et quil voulait des volontaires pour expulser les combattants libériens et sierra léonais de Côte dIvoire. Par conséquent, en début 2003, les dirigeants du MPCI ont déployé des troupes depuis leur capitale rebelle de Bouaké vers louest pour expulser ou tuer les combattants libériens et sierra léonais et leurs chefs, Félix Doh et Sam Bockarie. Lexpulsion massive des ces hommes par les dirigeants du MPCI a mis progressivement fin aux pires violences sexuelles liées au conflit dans louest rebelle. Lutilisation de drogues pour encourager des rebelles à violer et à maltraiter des civilsDes victimes et des témoins ont noté que bon nombre des atrocités sexuelles et autres étaient commises par des combattants sous linfluence de drogues ou de lalcool. Par exemple, une jeune femme qui a été enlevée et violée successivement par des rebelles ivoiriens, libériens et sierra léonais dans un camp de rebelles non loin de la frontière du Libéria, déclara à Human Rights Watch quelle pensait que lusage de drogues était un facteur qui favorisait la violence sexuelle. Elle a décrit la façon dont les rebelles violaient des femmes alors quils étaient sous lemprise de drogues.
En plus des nombreuses survivantes qui ont décrit le rôle de lusage de drogues, deux hommes qui ont été enrôlés de force par les rebelles ont témoigné à Human Rights Watch que leurs commandants les avaient obligés à consommer des drogues, quils appelaient parfois des « médicaments. » Un jeune homme a raconté comment il avait lutté contre ses ravisseurs qui lont forcé à prendre des drogues et ensuite à manger de la chair humaine et violer une femme en fin 2002 ou début 2003.
Les femmes et les filles considérées comme partisanes du gouvernement prises pour cibleHuman Rights Watch a documenté de nombreux cas où les épouses, filles, surs, et mères de membres du parti au pouvoir, le FrontPopulaire Ivoirien (FPI), et des forces de sécurité pro-gouvernementales, à savoir des membres de la police, de la gendarmerie et de larmée, ont été agressées sexuellement à cause de la fonction occupée par un homme de leur famille. Ces agressions furent souvent précédées ou suivies dattaques brutales contre dautres membres de la famille. Plusieurs survivantes de viol interrogées par Human Rights Watch ont raconté comment les rebelles les avaient sélectionnées ainsi que dautres femmes liées aux policiers, membres du parti au pouvoir, et autres organismes pro-gouvernementaux. Elles ont signalé que certains rebelles les traitaient de traîtresses et leur disaient explicitement quelles étaient punies à cause des fonctions occupées par un ou plusieurs membres de leur famille. Pareillement, des travailleurs humanitaires et sociaux actifs à louest en 2002-2003 révélèrent à Human Rights Watch quils avaient documenté de nombreux cas dans lesquels des femmes et des filles semblaient avoir été prises pour cible de la même manière. Une femme raconta à Human Rights Watch comment en 2002 elle avait été prise pour cible par quatre rebelles parce que son père était gendarme. Lagression a eu lieu à Danané, une ville à louest de la Côte dIvoire :
La fille dun policier a raconté à Human Rights Watch comment peu après que les rebelles aient pris Danané en 2002, elle avait été violée successivement par plusieurs rebelles qui narrêtaient pas de lui demander où se trouvait son père :
Une femme dont le mari était soupçonné dêtre un espion du gouvernement à Bouaké a raconté avoir été enlevée, violée par multiples rebelles, torturée, affamée, et gardée comme esclave sexuelle dans une prison contrôlée par les rebelles à Bouaké doctobre 2003 à novembre 2004, à titre de punition pour les activités supposées de son mari. Son mari a «disparu» pendant cette même période et ses enfants restent introuvables.
Cette femme a dit à Human Rights Watch quelle aurait non seulement été agressée physiquement et sexuellement, mais elle aussi forcée dêtre témoin dactes de torture, dexécutions extrajudiciaires, et de massacres (au cours desquels plusieurs prisonniers auraient été abattus à la mitraillette). Elle a affirmé avoir été interrogée, emprisonnée, et agressée sexuellement par des officiers et haut gradés des Forces Nouvelles. Des femmes ont également été prises pour cible dabus sexuels sur la base de leur appartenance à un groupe ethnique. Entre autres, Human Rights Watch a documenté le cas de plusieurs femmes de lethnie Yacouba, groupe essentiellement originaire de louest généralement considéré comme soutenant lancien président Robert Guei. Une femme Yacouba dun certain âge a décrit cinq rebelles lont agressée en fin 2002 :
Violence sexuelle contre des femmes enceintesHuman Rights Watch a documenté plusieurs cas dans lesquels les rebelles en particulier ceux du MPJ et du MPIGO ont commis des violences sexuelles particulièrement graves contre des femmes enceintes, y compris celles qui étaient proche de leur terme. Des femmes enceintes ont été violées, violées collectivement, menacées déviscération, poursuivies, et frappées au ventre dans le but semble-t-il de provoquer des accouchements ou des fausses couches. Dautres ont été sexuellement agressées ou mutilées. Une femme enceinte de neuf mois au moment des faits a décrit une de ces agressions, commise dans une ville à louest par un groupe mixte de rebelles libériens, sierra léonais et ivoiriens en septembre 2002 :
Dautres femmes qui nétaient pas visiblement enceintes ont dit aux rebelles quelles étaient enceintes et ont supplié à être épargnées et de ne pas subir de viol et dautres formes dabus sexuel. Une de ces femmes a raconté à Human Rights Watch comment elle avait supplié les rebelles du MPIGO de ne pas la violer parce quelle était enceinte, mais ils lui ont quand même fait subir un viol collectif. Cette agression a eu lieu en 2002 dans la ville de Danané, dans louest du pays :
Selon plusieurs sages-femmes interrogées par Human Rights Watch, nombreuses femmes ont accouché dans des conditions excessivement difficiles par suite de déchirures vaginales et autres conséquences du viol,33 ou ont fait des fausses couches à cause des abus sexuels subis, ou parce quelles avaient été frappées au ventre.34 Viols forcés et incestes forcés commis par les hommes sous la menace de torture et de mortDes civils ont été punis pour avoir voulu protéger des femmes, et furent aussi contraints à violer des femmes, sous la menace de torture et de mort. Un homme recruté de force par les rebelles fin 2002 ou début 2003 a dit à Human Rights Watch comment il avait été forcé de violer une femme le jour même où il avait été enlevé. Certains hommes qui ont été contraints de violer des femmes en souffrent encore psychologiquement. Lépouse de lex-combattant cité ci-dessus a décrit lanxiété de son mari :
Human Rights Watch a documenté plusieurs cas dinceste forcé. Des hommes ont été contraints à violer des membres de leur propre famille forcés sous la menace de la torture et de la mort. Un homme dun certain âge a décrit un incident de ce type survenu dans un camp rebelle dans louest en 2002 :
Des membres de la famille qui refusèrent de prendre part au viol ou de torturer leurs surs, épouses, ou filles, ont été punis, et même tués. Une jeune femme raconta comment son frère avait été tué pendant la guerre, à Tiapleu, après avoir refusé de la violer.37 Des personnes contraintes à témoigner dactes de violence sexuelleBeaucoup de femmes et de filles ont été violées sous les yeux de membres de leur famille. Ceci aggrava leur supplice psychologique mais servit à punir leurs parents. Human Rights Watch a documenté de nombreux cas de maris, de pères, de mères et denfants qui ont dû assister aux agressions sexuelles contre leurs épouses, leurs filles et leurs mères, impuissants, sans pouvoir réagir. Un homme témoigna à Human Rights Watch comment il avait été forcé dassister aux viols de sa femme et de sa sur par des rebelles fin 2002.
Des hommes, des femmes et des enfants ont été forcés dassister aux actes de violence sexuelle comme punition, apparemment dans le but de les terroriser. Une fille de douze ans a raconté à Human Rights Watch comment elle avait été forcée dassister au viol de plusieurs femmes alors quelle navait que huit ans.
Des enfants ont été violées sous les yeux de leurs parents et dans certains cas, des mères et leurs enfants ont été violées par le même groupe de criminels. La mère dune fillette de dix ans décrit comment en 2002 trois rebelles les ont violées, elle et sa fille, dans leur maison à Danané :
Des femmes violées sous les yeux de leurs maris souffrirent ensuite léclatement de leurs familles et dautres liens communautaires. Certains maris quittèrent leur femme à cause de la honte infligée par le tabou associé au viol. Une jeune femme de 22 ans expliqua à Human Rights Watch comment son mari lavait divorcé et abandonnée avec leur petite fille après que les rebelles laient violée devant lui près de la frontière libérienne en 2002. Elle navait que 18 ans quand les rebelles lont violée, entraînant la désintégration de sa famille.
Des hommes violésCertains hommes et garçons ont été forcés de violer des femmes ou dêtre témoins de viols, et dautres encore furent violés ou agressés sexuellement par des combattants. Pourtant, jusquà présent, il ny a malheureusement peu ou pas de données disponibles sur les agressions sexuelles à lencontre des hommes. Peu de survivants sont prêts à parler des agressions quils ont souffert, en grande partie du fait des tabous culturels. Toutefois, une femme qui travaille dans une ONG a parlé à Human Rights Watch des viols commis contre des hommes dans son village natal :
Des ONG ont aussi fait état de cas de tortures sexuelles infligées à des hommes et des garçons. Par exemple, à Sangouiné, une organisation a interrogé un groupe de pères, qui décrivirent le cas dun garçon qui avait été attaché par le pénis et traîné sur près de deux kilomètres par les Forces Nouvelles. De plus, des hommes ont été humiliés sexuellement, tout comme lont été nombreuses femmes. Une jeune fille a dit à Human Rights Watch combien cela avait été destructeur psychologiquement pour son grand-père dêtre humilié sexuellement:
Viols avec objetsPlusieurs témoins ont raconté la façon dont les rebelles inséraient des objets tels que des morceaux de bois et des fusils dans les vagins des femmes. Une femme raconta à Human Rights Watch comment les rebelles lavaient battue et violée, ainsi que ses deux filles adolescentes, puis avaient enfoncé des morceaux de bois dans le vagin des deux filles.44 Cette agression particulièrement brutale a eu lieu fin 2002 dans la ville de Logoualé ou à proximité, dans louest du pays.
Une autre femme a dit à Human Rights Watch comment, alors quelle fuyait les combats entre les rebelles et les troupes gouvernementales près de Man en 2002, elle avait été témoin dun viol anal perpétré sur une jeune femme par un rebelle, près dun village appelé Biankouma, dans louest du pays :
Autres violations des droits humains associées aux violences sexuellesHuman Rights Watch a constaté que nombreuses violences sexuelles se déroulèrent dans le contexte dautres violences brutales, tels que le meurtre, le cannibalisme, la torture, les agressions, lenlèvement, lenrôlement forcé, la détention arbitraire, le travail forcé, et le déplacement forcé. Une ONG internationale a réalisé une enquête portant sur 489 personnes dans la région des 18 Montagnes à louest rebelle, et dans la région gouvernementale de Moyen Cavally. Létude évalua les expériences des jeunes filles qui avaient été associées aux groupes armés, en tant quenfants soldats féminines, cuisinières, porteuses, esclaves sexuelles, ou dans une combinaison de ces rôles.47 Létude a constaté que tandis quelles se trouvaient avec les forces rebelles et pro-gouvernementales, les jeunes filles subissaient non seulement des viols et des viols collectifs ou en étaient témoins, mais étaient aussi victimes de fréquents harcèlements psychiques, dhumiliations et de menaces de mort.48 Elles étaient aussi témoins dactes de torture, de meurtres, de coups et blessures, et dingestion forcée de drogues. Les filles décrivirent les camps comme des environnements violents et terrifiants, marqués par des bruits quasi-incessants de coups de feu. Des atrocités plus rares mais plus terrifiantes telles que le cannibalisme ont aussi été liées au viol. Les actes de cannibalisme semblaient complètement terroriser les filles et les femmes qui y furent exposées. Plusieurs femmes qui ont été enlevées par des factions rebelles décrivirent à Human Rights Watch comment elles avaient été témoins dactes de cannibalisme, ou forcées de cuire, et dans certains cas, de manger de la chair humaine. Une jeune femme, qui avait près de vingt ans lorsquelle fut détenue comme esclave sexuelle dans un camp rebelle, a raconté la terreur quelle éprouva quand des rebelles lui coupèrent un morceau de sa chair et le mangèrent devant elle en 2003.
Sanctions en cas de résistanceDes femmes qui tentèrent de résister aux agressions, et les amis ou parents essayèrent de secourir les victimes de violences furent souvent punis sévèrement, et parfois tués. Un membre dun groupe ivoirien de défense des droits humains a dit à Human Rights Watch que son organisation avait interrogé de nombreux hommes punis pour avoir tenté de libérer leurs épouses de lesclavage sexuel quelles subissaient. Il a décrit des exactions dont il avait été témoin ainsi que celles que son organisation avait documentées en 2002-2003 dans louest rebelle :
Une femme qui fut enlevée à Danané en fin 2002 et gardée par la suite comme esclave sexuelle pendant plus dun an raconta à Human Rights Watch comment les rebelles ont mitraillé le jambe de son petit frère quand il essaya de la sauver. Son père fut battu et probablement tué pour avoir tenté dempêcher lenlèvement de sa petite sur de quatorze ans :
Les victimes de violence sexuelle qui tentèrent elles-mêmes de résister subirent des coups et blessures, des tortures, et dautres violations en plus du viol. Une femme enceinte a raconté comment elle avait été sexuellement mutilée près de Man fin 2002 ou début 2003 à cause de son refus initial à être violée.
Une jeune femme de Danané raconta comment les rebelles rendus furieux par sa résistance lavaient battue et torturée avec des fourmis en fin 2002 :
Harcèlement sexuel, fouilles, humiliations sexuelles, et nudité forcéeDu fait des formes brutales et extrêmes de violence sexuelle éprouvées par les femmes en Côte dIvoire, des formes moins graves de harcèlement sexuel semblent être presque ignorées. Par exemple, le harcèlement, les fouilles à nu, lhumiliation sexuelle et la nudité forcée semblent avoir si peu dimportance relative que la plupart les personnes interrogées les mentionnent rarement si elles ny sont pas spécifiquement invitées pourtant, une fois questionnés, toutes les personnes interrogées citèrent des cas. Des femmes ont dit à Human Rights Watch quelles ne savaient jamais où et quand elles pourraient être harcelées, déshabillées, humiliées sexuellement, ou menacées sexuellement : dans leur village, en voyageant, au travail, ou bien chez elles. Une femme qui a été déshabillée en mars 2003 dans une prison rebelle provisoire dans la région des 18 Montagnes, a raconté son épreuve :
Esclavage sexuelLesclavage sexuel est défini comme la condition dune personne sur laquelle sexercent les attributs du droit de propriété ou certains dentre eux, y compris laccès au sexe (souvent par le viol ou dautres formes de violence sexuelle), et comprend la plupart des formes, sinon toutes, de la prostitution forcée. En Côte dIvoire, des femmes et des filles ont été enlevées pour faire du travail forcé ainsi que des hommes. En outre, nombre des femmes et des filles enlevées sont devenues les esclaves sexuelles des rebelles. De nombreux rebelles ont contracté des « mariages » avec ces femmes enlevées quils forçaient à être leurs « femmes ». Les rebelles changeaient aussi fréquemment de « femmes » quand ils se fatiguaient delles ou quand leurs « femmes » senfuyaient, tombaient malades, ou mouraient. La plupart des enlèvements et des cas desclavage sexuel documentés par Human Rights Watch se sont produits dans les zones rebelles à louest de la Côte dIvoire, en particulier dans la région des 18 Montagnes. Après avoir été capturées, de nombreuses femmes et filles ont été violées, violées collectivement au cours dincidents isolés, et violées successivement sur de longues périodes. Elles ont été forcées de vivre avec leurs ravisseurs pendant des périodes allant de plusieurs jours à plus dun an. Certaines ont été contraintes à prendre une part active aux combats. Tandis que certaines esclaves sexuelles étaient utilisées dans les camps pour du travail forcé comme chercher de leau, cuisiner, nettoyer, et accomplir dautres tâches domestiques traditionnellement féminines, dautres furent incarcérées dans de petits espaces confinés où elles étaient prisonnières juste pour les relations sexuelles, et même parfois attachées. Certaines survivantes ont raconté quelles étaient considérées comme la « propriété » dun combattant, qui semblait assurer un certain degré de protection contre des crimes comme le viol collectif. Suite à leur enlèvement et leur esclavage sexuel, des femmes et des filles ont subi des sévices brutaux, et ont dû supporter des coups, blessures, humiliations, et dautres peines au-delà de la violence sexuelle. Plusieurs anciennes esclaves sexuelles interrogées par Human Rights Watch ont dit avoir vécu dans une peur quasi constante, ou des coups de feu, des violences, des atrocités, et des châtiments corporels devirent leur réalité quotidienne. La plupart dentre elles se rappelaient avec une angoisse particulière le tourment de leur souffrance solitaire, sachant quelles étaient sans famille ni amis, séparées de tous ceux quelles aimaient. Une femme enlevée en 2002 par des soldats du MPIGO alors quelle était adolescente, et prisonnière pendant des mois, décrivit:
Human Rights Watch a parlé avec des femmes et des filles qui ont été retenues comme esclaves sexuelles et qui ont dit avoir été enlevées alors quelles étaient enfants. Par exemple, une jeune fille de dix-sept ans raconta à Human Rights Watch comment elle avait été enlevée dans la rue à Danané en fin 2002, alors quelle navait que 13 ans.
Certaines femmes et filles ont été enlevées dans les rues, sur des routes de campagne, ou en brousse. Dautres ont été arrachées à leur propre maison, sous les yeux de leur famille et de leurs voisins impuissants. Une fille a dit à une ONG internationale :
Un leader de la société civile, travaillant à louest contrôlé par les rebelles fin 2002 début 2003, a documenté beaucoup de cas où des femmes et des filles ont été enlevées à des barrages des rebelles et lors de descentes lancées sur des villages à proximité de la ville de Man. Il expliqua :
Un jeune homme a raconté lenlèvement de sa cousine en 2003 par des sierra léonais combattant avec les forces du MPIGO ou du MPJ dans la ville de Danané.
Tandis que quelques esclaves sexuelles interrogées par Human Rights Watch ont fait des récits poignants et héroïques dévasion, beaucoup dautres ont été forcées en 2003 daccompagner leurs « maris » combattants libériens ou sierra léonais au Libéria quand ces derniers battaient en retraite. Même si la période dhostilités est révolue, nombreuses femmes et de ces filles sont restées avec leurs ravisseurs, à la fois de peur des représailles et de peur dêtre rejetées par leurs familles. Certaines femmes ont expliqué à Human Rights Watch quelles restaient avec leurs ravisseurs parce quelles craignaient que leurs familles leur reprochent davoir été enlevées et violées ; dautres restaient parce quelles avaient donné naissance à leurs enfants, ou parce quelles étaient dépendantes de la drogue. Celles qui veulent rompre les liens avec leurs ravisseurs ont peu dalternatives économiques ou sociales, et demeurent très vulnérables. En Côte dIvoire comme au Libéria, les esclaves sexuelles qui ont pu échapper à leurs ravisseurs se retrouvent démunies et abandonnées, sans autre choix que de se livrer au sexe de survie, ou de survivre péniblement en travaillant pour un maigre salaire dans léconomie informelle. Plus de la moitié des anciennes esclaves sexuelles ivoiriennes interrogées par Human Rights Watch au Libéria ont à moment échangé le sexe contre de la nourriture parfois juste une assiette. Les esclaves sexuelles évadées que Human Rights Watch interrogea, ainsi que certains responsables des réfugiés ivoiriens au Libéria, estiment que nombreuses femmes et filles ivoiriennes restent avec leurs anciens ravisseurs au Libéria et dans une moindre mesure en Côte dIvoire.60 Un travailleur humanitaire a dit à Rights Watch :
Plusieurs anciennes esclaves sexuelles interrogées par Human Rights Watch au Libéria ont expliqué combien il leur avait été difficile déchapper à leurs ravisseurs, aussi bien matériellement que psychologiquement. Certaines ont dit quelles vivaient toujours dans la peur dêtre retrouvées et punies, ou même tuées pour avoir eu la témérité de séchapper. Meurtres desclaves sexuellesTandis que certaines esclaves sexuelles et de « femmes » des rebelles séchappaient ou restaient avec leurs ravisseurs, dautres ont été tuées. Human Rights Watch a interrogé plusieurs témoins de ces meurtres. Des femmes et des filles ont été tuées, en particulier au cours de la lutte interne pour le pouvoir entre le MPCI et les forces libériennes et sierra léonaises issues du MPJ et du MPIGO en début 2003, qui a abouti à lextermination ou lexpulsion des combattants libériens et sierra léonais de la région ouest contrôlée par les rebelles. Même si ce refoulement des libériens et des sierra léonais a éventuellement entraîné la fin progressive des pires formes de violence sexuelle liée au conflit dans louest rebelle, dans limmédiat le refoulement a donné naissance à une montée brève mais brutale de la violence contre les femmes. Daprès des entretiens avec des responsables locaux de la société civile, le personnel dONG sociales et humanitaires, danciennes esclaves sexuelles, et un ancien porte-parole des rebelles sous le commandement du chef rebelle Félix Doh, nombre de femmes et de filles enlevées par des combattants libériens et sierra léonais entre 2002 et 2003 furent tuées pendant ou peu après lexpulsion de leurs ravisseurs étrangers de Côte dIvoire.62 Ces meurtres ont eu lieu dans plusieurs contextes. Premièrement, pour des raisons qui restent confuses, les libériens et les sierra léonais ont tué bon nombre de leurs propres esclaves sexuelles. Deuxièmement, les forces du MPCI impliquées dans lexpulsion des combattants libériens et sierra léonais ont tué beaucoup des « femmes » ivoiriennes des rebelles libériens et sierra léonais à titre de représailles. Des rebelles libériens et sierra léonais tuèrent leurs propres « femmes »Des femmes qui avaient déjà connu le traumatisme de lenlèvement et de lesclavage sexuel ont fait part à Human Rights Watch de leur panique quand les meurtres ont commencé. De nombreux meurtres ont été signalés entre Man et Danané près de la frontière libérienne quand des combattants libériens en fuite ont tué certaines de leurs propres captives. Quatre anciennes esclaves sexuelles différentes ont expliqué à Human Rights Watch comment elles avaient été témoins du meurtre de beaucoup de « femmes » des combattants libériens et sierra léonais, lors de différents massacres qui ont eu lieu en début 2003. Une ancienne esclave sexuelle a fait part à Human Rights Watch de sa propre expérience, terrifiante et presque mortelle, aux mains de ses ravisseurs rebelles libériens dans la brousse près de Logouatou, au cours de cette période troublée :
Une femme enlevée fin 2002 et réduite en esclavage par ses ravisseurs,dans plusieurs camps rebelles de la région des 18 Montagnes, déclara : « Quand les libériens ont quitté la Côte dIvoire, ils ont tué beaucoup, beaucoup de filles quils avaient enlevées, depuis Danané jusquà la frontière. Jai vu des exécutions de mes propres yeux et dautres filles comme moi mont parlé de choses quelles avaient vues aussi. » 64 Cette femme a estimé que sur une période de plusieurs semaines elle seule avait vu tuer au moins une dizaine de femmes enlevées, sans compter les cas dont elle avait simplement entendu parler. Une autre esclave sexuelle évadée décrivit son expérience aux mains de ses ravisseurs rebelles qui la mené au seuil de la mort :
Des rebelles du MPCI tuèrent des « femmes » des libériens et des sierra léonais à titre de représaillesDe plus, les rebelles ivoiriens du MPCI impliqués dans lélimination des combattants libériens et sierra léonais auraient tué de nombreuses filles associées à ces derniers. Selon un ancien porte-parole des rebelles ayant des informations dignes de foi sur le sort de ces femmes, le nombre des femmes tuées ainsi durant lexpulsion en 2003 de libériens et de sierra léonais pourrait être même au-delà de 50 à 100 :
Les femmes et les filles enlevées par des rebelles libériens et sierra léonais sierra léonais et ayant entendu parler de ces meurtres en représailles étaient terrifiées. Danciennes esclaves sexuelles ont dit à Human Rights Watch que ces meurtres en représailles rendaient encore plus dangereux leurs efforts pour séchapper à leurs « maris » et rester en arrière en Côte dIvoire, voire retrouver leur famille.67 Violence sexuelle aux barrages des Forces NouvellesDepuis le début de la guerre et tout au long de la crise jusquau moment des enquêtes effectuées pour de rapport en fin 2006, les nombreux barrages répartis dans les zones rebelles (dailleurs comme de nombreux barrages en zone gouvernementale) ont constitué des points névralgiques pour des violences de type, et des comportements de prédateurs sexuels. Les exactions au niveau des barrages comprennent le viol, le viol collectif, lexploitation sexuelle, le harcèlement sexuel, et dautres crimes tels que le vol, lextorsion, lintimidation, les coups et blessures, les tortures, les meurtres, et les disparitions forcées. Des survivantes dabus sexuels, des responsables de la société civile, et des chauffeurs dautobus et de « bana bana » décrivirent pour Human Rights Watch comment des rebelles forçaient des femmes de descendre des véhicules de transports en communs pour les retenir en arrière, tandis que dautres passagers pouvaient passer, suite à quoi ils abusaient delles. Ce phénomène était particulièrement répandu à louest sous contrôle rebelle. Human Rights Watch et dautres organisations ont documenté de nombreux cas de viol, de viol collectif, dhumiliation sexuelle, de mauvais traitements physiques et de harcèlement sexuel perpétrés par des combattants rebelles aux barrages tenus par des rebelles. Un responsable de la société civile qui a fait des recherches en 2002 et 2003 sur les abus commis dans 20 villages à louest rebelle, affirma à Human Rights Watch que son organisation avait documenté au moins 40 cas de viol, dont la plupart sétaient produits à des barrages. Une employée dune ONG ivoirienne qui voyageait fréquemment dans louest a décrit ce quelle avait vu :
Certaines routes dans la région des 18 Montagnes étaient particulièrement périlleuses pour les femmes et les filles, bien après que le conflit armé ait cessé jusquau mois ou Human Rights Watch effectua ses enquêtes. Un responsable local de la société civile a signalé quen novembre 2006 une fillette de dix ans avait été violée à un barrage près de Bloalé.69 Une représentante dONG a décrit ce quelle avait vu à un barrage près de lentrée de Logoualé :
Des témoins, dont plus dune dizaine de conducteurs de minibus qui passent quotidiennement par bon nombre de barrages, ont dit à Human Rights Watch que de 2002 à 2004 ils voyaient souvent des femmes contraintes de rester en arrière tandis que le reste des passagers du bus était autorisé à continuer. Les chauffeurs ont décrit comment les plus belles jeunes passagères étaient couramment forcées de descendre des véhicules de transport public. Ce phénomène était particulièrement répandu durant le conflit actif, mais a continué jusquau moment où les enquêtes pour ce rapport a été effectuées en fin 2006. Comme la dit un chauffeur : « Aux barrages, ils gardent les filles jeunes et jolies, et les autres peuvent passer. » 71 Des chauffeurs dAbidjan à Man, de Man à Danané, et de Guiglo vers plusieurs destinations ont tous signalé à Human Rights Watch des cas où des femmes et des filles avaient été emmenées de cette façon par des hommes de diverses factions armées. Deux jeunes femmes ont dit à Human Rights Watch quelles avaient été violées à des barrages par des combattants rebelles en 2003 et 2004, lune dans une région proche de Bouaké et lautre non loin de Bangolo.72 Un groupe de trois chauffeurs a expliqué à Human Rights Watch quils avaient observé des jeunes femmes shabillant avec des vêtements déchirés peu attrayants pour senlaidir le plus possible, ou même se travestissant en jeunes hommes, afin déviter le harcèlement et lexploitation sexuelle prévisibles aux barrages.73 Par exemple, une des survivantes de ce type de violence a raconté à Human Rights Watch comment elle avait été kidnappée à un barrage, battue, déshabillée, et violée par un officier des Forces Nouvelles à Danané en fin janvier 2006, apparemment à titre de représailles pour son soutien supposé au gouvernement. Elle pense avoir été prise pour cible parce quelle voyageait en provenance dAbidjan, et elle a été donc accusée dêtre une espionne du gouvernement :
Presque tous les 15 membres dONG et responsables de la société civile interrogés séparément et indépendamment par Human Rights Watch à louest sous contrôle des Forces Nouvelles ont confirmé que la violence sexuelle continue aux barrages. Ils ont remarqué que les femmes sur les marchés étaient particulièrement vulnérables, du fait de la nature de leur travail qui les obligeait à voyager pour vendre leurs marchandises. Selon les membres dONG et les responsables de la société civile ainsi que les chauffeurs dautobus, les femmes travaillant sur les marchés se voient systématiquement rackettées aux barrages. Celles qui ne peuvent pas payer les pots-de-vin réclamés sont souvent retenues et exposées aux abus sexuels, y compris le viol. Différences chronologiques : violence sexuelle pendant la période « ni paix ni guerre » 2004-2007Quand les troupes françaises et de lONU ont commencé à patrouiller la zone tampon entre les Forces Nouvelles au nord et les forces du gouvernement au sud, les combats actifs se sont interrompus, et limpasse politique et militaire de 2004-2007 a commencé. Cette période a souvent été décrite comme « ni paix, ni guerre, » qui a épargné au pays les affrontements militaires de 2002-2003 sans pour autant voir naître une paix durable. Si les abus contre les civils étaient plus concentrés dans la période dhostilités actives auparavant, de graves violations ont cependant continué à se produire pendant cette phase de tension et de militarisation accrue, telles que des massacres, des exécutions extrajudiciaires, des actes de torture, de harcèlement, de pillage, et dintimidation.75 Human Rights Watch a documenté moins de cas dabus sexuels commis par les Forces Nouvelles pendant la période 2004-2006 que ce nétait le cas pendant la guerre de 2002-2003, ou dans la périodes suivant les combats actifs. En dépit de leurs préoccupations face aux abus continus, bon nombre des représentants de la société civile et dONG actifs dans la zone contrôlée par les Forces Nouvelles Cette constatèrent également une amélioration.76 En labsence de données plus exhaustives et scientifiques sur les tendances et la fréquence de la violence sexuelle, il est impossible dêtre sûr des raisons de la diminution des attaques sexuelles et autres depuis 2004. Cependant, les observateurs locaux et les membres de la société civile attribuent la diminution des agressions sexuelles dabord et surtout au départ en 2003 des combattants libériens et sierra léonais (qui furent les plus notoires agresseurs sexuels) ; deuxièmement à limpact des forces françaises de maintien de la paix chargées de contrôler une zone tampon connue sous le nom de « Zone de confiance » et qui effectuaient des patrouilles régulières ; troisièmement à larrivée des troupes de lONUCI qui faisaient de même77 ; et quatrièmement à quelques efforts de la part de certains chefs rebelles pour traiter le problème. Par exemple, après les sanctions imposées par lONU contre le commandant rebelle Martin Kouakou Fofié pour violations majeures des droits humains en février 2006, le dirigeant des Forces Nouvelles, Guillaume Soro, a ordonné une réduction numérique des barrages, peut être en partie en reconnaissance des nombreux cas datteintes aux droits humains qui sy produisaient.78 Le porte-parole des Forces Nouvelles Sidiki Konaté a déclaré le 26 mai 2006 lors dune conférence de presse que les Forces Nouvelles étaient responsables pour les crimes commis dans les zones sous leur contrôle. Il a déclaré : « Chacun répondra de ses actes, des atteintes aux droits humains cette crise finira un jour, mais les crimes ne pourront pas être effacés. Il faut faire attention et comprendre quavant, cest différent de maintenant. Il y a des choses quon pouvait faire parce que la communauté internationale nétait pas là. Il faut désormais arrêter car les temps ont changé avec la présence de la communauté internationale. Les FN vont continuer la sensibilisation de lensemble des autorités des FN et de leurs éléments sur le terrain. »79 Cependant, des abus sexuels continuent à se produire. Human Rights Watch a documenté et reçu de nombreux rapports sur des abus sexuels dans la partie de la Côte dIvoire contrôlée par les Forces Nouvelles entre 2004 et 2006, surtout des viols et des viols collectifs. Bien que les représentants de la société civile aient unanimement constaté que la situation sétait considérablement améliorée depuis la fin des hostilités actives, ils ont été catégoriques sur le fait que la violence sexuelle demeurait un réel problème. Une responsable dune ONG locale des droits des femmes a déclaré à Human Rights Watch à lautomne 2006 :
De même, la Division des Droits de lHomme de la Mission de lONU en Côte dIvoire (ONUCI) a documenté des dizaines de cas de violence sexuelle commis par des combattants rebelles de 2004 à 2006.81 Certains de ces cas, qui ont eu lieu dans toutes les zones sous contrôle des Forces Nouvelles, comportent des viols, des viols collectifs et des agressions sexuelles à lencontre de femmes et de filles à Vavoua, Bouaké, Konankankro, Ibodokro, Korhogo, et dautres localités du nord.
Différences régionales dans les abus sexuels commis par les rebellesLes abus sexuels commis par les rebelles nont pas eu la même intensité ni la même fréquence dans toutes les zones sous contrôle des Forces Nouvelles. La mesure dans laquelle les commandants ont toléré, encouragé ou participé à la violence sexuelle semble avoir influencé la prévalence de la violence sexuelle dans certaines zones rebelles. Dés le début du conflit ivoirien, des différences régionales pouvaient être constatées. Les territoires du centre et du nord, contrôlés par le MPCI, ont été épargnés par la violence sexuelle largement répandue quont connue les civils à louest sous contrôle du MPJ et du MPIGO.82 Depuis lexpulsion en 2003 des mercenaires libériens et sierra léonais, louest a été contrôlé plus étroitement par les dirigeants du MPCI à Bouaké, mais les commandants locaux des Forces Nouvelles à Man et Danané semblent rester relativement indépendants par rapport au contrôle centralisé. Quand Human Rights Watch a mené des recherches en 2003, les civils qui vivaient dans les zones du centre et du nord sous contrôle du MPCI (y compris certains qui nétaient pas des sympathisants de la cause des rebelles) ont témoigné que le MPCI respectaient généralement davantage les civils dans les villes dont ils semparaient dans le nord, organisant des réunions avec la population civile, expliquant leurs objectifs, et disant aux civils quils nétaient pas là pour sattaquer à eux.83 Une raison plausible de ce type de comportement est que le MPCI se considérait initialement comme un mouvement de libération et voulait maintenir sa réputation comme tel dans le centre nord, en particulier là où les membres du MPCI ressentaient des affinités ethniques ou autres avec la population, ayant subi les mêmes discriminations aux mains des forces de sécurité majoritairement sudistes. Néanmoins, malgré ces rapports positifs et les efforts du MPCI pour réprimer les atrocités du MJP et du MPIGO, les membres du MPCI du centre nord se sont rendus coupables de nombreuses violations flagrantes des droits humains, qui rappellent celles commises par leurs alliés à louest. Par exemple, quand les rebelles ont pris Bouaké en septembre 2002, ils ont arrêté une centaine de gendarmes et les ont détenus dans les casernes de la 3ème Bataillon de la Gendarmerie. Plusieurs semaines plus tard, le 6 octobre 2002, entre 90 à 131 corps ont été découverts dans une fosse commune au cimetière communal de Dar Es-Salaam à Bouaké, dont beaucoup auraient été liées à la gendarmerie. On pense que les morts auraient été sommairement exécutés par le MPCI. Les meurtres nont pas été les seuls châtiments infligés par le MPCI aux personnes soupçonnées de soutenir le gouvernement ; la violence sexuelle a aussi été utilisée. Des groupes locaux de défense des droits humains ont fait état de cas de violence sexuelle où les rebelles du MPCI ont pris pour cible des femmes dont des membres de la famille étaient affiliés à la police et à dautres responsables gouvernementaux, des femmes affiliées au FPI (le parti au pouvoir), et certains groupes ethniques considérés comme étant fidèles au gouvernement ou simplement hostiles aux Forces Nouvelles.84 La plupart de ces cas se sont produits au cours des premiers mois de la rébellion, de septembre à décembre 2002, période durant laquelle les atrocités des rebelles du MPCI autour de Bouaké ont terrifié les civils et déclenché un déplacement massif des populations.85 Un leader de la société civile dune ville du nord a décrit cette dynamique à Human Rights Watch :
Quand les populations principalement Baoulés ont fui, elles sont descendues vers le sud dans le territoire sous contrôle du gouvernement, en particulier à Yamoussoukro et à Abidjan. Des sages-femmes et des travailleurs sociaux basés à Yamoussoukro ont dit à Human Rights Watch quen novembre et décembre 2002, ils avaient soigné des dizaines de femmes qui avaient été violées par les rebelles.87 Quand ils furent sur le terrain à ce moment, Amnesty International documenta des cas dans lesquels les rebelles du MPCI ont violé des parentes dagents gouvernementaux à Bouaké. Par exemple, dans un des cas documentés, les rebelles ont fait subir un viol collectif à la femme dun fonctionnaire du ministère des Finances lorsquils ont pris Bouaké en septembre 2002. Cette femme Baoulé qui avait la quarantaine a subi un viol collectif par des rebelles du MPCI dans sa maison, devant son mari et ses enfants.88 En plus des agressions contre des civils comprenant le viol ou le viol collectif des femmes, les rebelles du MPCI ont aussi réduit des femmes à lesclavage sexuel. Par exemple, Amnesty International a rapporté un cas dans lequel trois surs âgées de 17, 16 et 12 ans ont été « gardées comme épouses » dans leur propre maison par des rebelles occupants du MPCI en septembre 2002. Si les deux surs plus âgées ont selon le compte-rendu réussi à séchapper, la plus jeune est morte en chemin.89 Les rebelles du MPCI ont aussi recruté des femmes sous la contrainte pour prendre part aux hostilités actives, et presque toutes ont été violées ou ont subi une autre forme de violence sexuelle, selon Amnesty International.90 Une jeune femme de vingt-deux ans a raconté à Amnesty International comment elle avait été enlevée à Bouaké par le MPCI en septembre 2002 ainsi que de nombreuses autres jeunes femmes, comment elle et beaucoup dautres avaient été frappées à coups de barres de fer et de bâtons, et comment celles qui refusaient de porter luniforme auraient été tuées. Elle a aussi décrit la façon dont elle et les autres furent violées à partir du premier jour de leur captivité. Pendant les deux premiers jours, les rebelles violaient toutes les captives sans distinction, suite à quoi attribuèrent une femme à chaque rebelle pour quelle lui serve desclave sexuelle.91 De plus, au fur et à mesure que le temps passait et que les salaires et les provisions à disposition des rebelles ivoiriens diminuaient, la conduite des soldats du MPCI sest détériorée même dans la zone nord, avec plus dincidents de pillage et de viol signalés dans le territoire sous contrôle du MPCI en 2003. Tout comme les soldats du MPCI dans le centre du pays autour de Bouaké, les rebelles dans la zone nord commettaient aussi des viols et autres violations des droits humains pendant le conflit. Par exemple, Amnesty International a documenté comment dans la région de Korhogo, non loin de la frontière avec le Mali, les rebelles du MPCI auraient violé plusieurs femmes qui fuyaient vers le Mali, et tranché la gorge dun homme accusé dappartenir à une force pro-gouvernementale.92 Les préoccupations relatives à la violence sexuelle et à dautres crimes contre lhumanité ont fait partie des raisons de la mise en uvre des sanctions économiques et dinterdiction de voyager prises par les Nations Unies à lencontre du commandant de Korhogo, Martin Kouakou Fofié.93 Selon la déclaration du Comité des sanctions de lONU du 7 février 2006 : les forces sous son commandement se sont livrées au recrutement d'enfants soldats, à des enlèvements, à l'imposition du travail forcé, à des sévices sexuels sur les femmes, à des arrestations arbitraires et à des exécutions extrajudiciaires, contraires aux conventions des droits de lhomme et au droit humanitaire international.94 Etant donné que la mission de Human Rights Watch ne comportait pas denquête de terrain aux environs des villes du nord-ouest de Odienné ou de Touba, il est impossible à lheure actuelle de décrire les caractéristiques des violences sexuelles dans ces régions. De plus, du fait en partie des problèmes de sécurité et de restrictions de financement, les agences daide et les ONG locales nont pas pu réaliser un travail solide sur la violence sexuelle dans les vastes parties du nord rural. Une spécialiste de la violence basée sur le genre travaillant en Côte dIvoire a déploré :
Abus sexuels commis par les forces pro-gouvernementalesDepuis 2000, les forces pro-gouvernementales se sont rendues coupables de nombreuses violences sexuelles à lencontre de femmes et de jeunes filles, tels que le viol, le viol collectif, les actes de torture sexuelle, et lesclavage sexuel. Les abus sexuels commis par les forces pro-gouvernementales ont commencé au début de la crise politique en 2000, ont atteint leur apogée pendant les hostilités armées de 2002-2003, mais continuèrent par la suite (2004-2006), en particulier pendant les périodes de forte tension politique. Nombre dabus sexuels commis par les forces pro-gouvernementales semblaient politiquement motivés, et furent commis à lencontre de femmes et de filles considérées comme soutenant les rebelles basés au nord ou lopposition politique. Les plus vulnérables aux attaques étaient des femmes liées au parti dopposition, le Rassemblement des républicains (RDR), surtout celles dans les familles des responsables de ce parti ; des femmes appartenant à des groupes ethniques venant principalement du nord comme les « Dioulas » (le terme Dioula est souvent utilisé pour désigner non seulement des ivoiriens mais aussi des personnes originaires du nord ou de létranger en général); et des femmes originaires dautres pays ouest africains, surtout le Burkina Faso et le Mali. La période la plus intense de violences sexuelles commises par les forces pro-gouvernementales sest déroulée dans le contexte des hostilités actives, de septembre 2002 à mi 2003, alors que le gouvernement et les rebelles luttaient pour le contrôle de la Côte dIvoire, surtout à louest.96 Certaines des pires violences sexuelles au cours de cette période semblent avoir été commis par des libériens mercenaires progouvernementaux. Les crimes sexuels flagrants commis par les forces pro-gouvernementales étaient souvent accompagnés dautres atrocités graves, telles que des massacres, tortures, mutilations, recrutements forcés denfants et dadultes.97 Même suite à la cessation du conflit armé actif en 2003, les forces pro-gouvernementales continuèrent à commettre des abus sexuels graves contre des femmes et des filles dans tous les territoires sous leur contrôle. Les sévices sexuels dans cette période de fin 2003 à 2006 étaient souvent associés aux développements militaires et politiques clés en Côte dIvoire, tels que des émeutes, des marches, des affrontements interethniques, et dautres moments propices à la violence à large échelle. Par exemple, sur 15 cas de violence sexuelle documentés par Human Rights Watch pendant cette époque Abidjan, six ont eu lieu en période de crise politique ou sécuritaire. La plupart de ces cas concernaient des femmes qui semblaient avoir été choisies sur la base de leur appartenance ethnique, de leur nationalité, ou leur affiliation réelle ou présumée aux groupes rebelles et dopposition. Les différentes forces pro-gouvernementales impliquées dans les exactionsLes forces impliquées dans des violences sexuelles comprennent des membres des forces armées officielles et des institutions chargées de lapplication de la loi, ainsi que des nombreuses milices armées pro-gouvernementales et de groupes informels de jeunes progouvernementaux. Forces de sécurité officiellesLes forces de sécurité associées aux violations des droits humains comprennent les gendarmes, chargés de faire respecter la loi et de maintenir lordre dans un district (essentiellement dans les zones rurales) ; la police, qui doit maintenir lordre et faire respecter la loi dans les villes ; et les Forces armées nationales de Côte d'Ivoire (FANCI, qui regroupent larmée, les forces aériennes, et la Marine). Dautres unités fonctionn |